{"id":748,"date":"2020-12-09T18:59:44","date_gmt":"2020-12-09T17:59:44","guid":{"rendered":"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?p=748"},"modified":"2020-12-09T19:00:17","modified_gmt":"2020-12-09T18:00:17","slug":"2020-pup","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?p=748","title":{"rendered":"2020 PUP"},"content":{"rendered":"<div id=\"modal-ready\"><article id=\"post-730\" class=\"post-730 post type-post status-publish format-standard hentry category-recherches category-etude-sur-le-genre\">\n<div class=\"entry-content\">\n<div id=\"modal-ready\">\n<p><strong>Sylvette Den\u00e8fle 2020 \u00ab\u00a0Quelques r\u00e9flexions sur la spatialisation des normes de genre comme outil d\u2019analyse des r\u00e9sistances sociales\u00a0\u00bb\u00a0<em>in<\/em>\u00a0Dir. N.Cadene, K.Lambert, M.Lapied,\u00a0<em>Genre r\u00e9cits et usages de la transgression<\/em>, PUP, Aix-en-Provence, 2020, p.81-94<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La ville, forme dominante du peuplement actuel, rassemble une grande majorit\u00e9 de la population dans tous les pays. Par sa pr\u00e9dominance \u00e9conomique, elle concentre les rapports sociaux et abrite la plupart des \u00e9volutions soci\u00e9tales r\u00e9centes. Elle se construit largement sur le mod\u00e8le de la modernit\u00e9 avec une recherche de rationalisation des productions, de d\u00e9veloppement des techniques, de gestion des espaces et des r\u00e9alisations sociales et politiques. Elle est aujourd\u2019hui la forme la plus courante des processus de mondialisation et, m\u00eame dans les cultures qui rejettent les mod\u00e8les occidentaux, elle en reste la vitrine la plus manifeste. En cela, la ville exprime les id\u00e9ologies dominantes et l\u2019ensemble des normes qui les organisent. Non seulement elle les refl\u00e8te mais elle les mat\u00e9rialise et leur donne une r\u00e9alit\u00e9 spatiale qui les renforce. Il en est des normes de genre comme de toutes les autres et c\u2019est pourquoi le croisement entre \u00e9tudes urbaines et \u00e9tudes sur le genre constitue un outil d\u2019observation privil\u00e9gi\u00e9 des rapports sociaux de sexe.<\/p>\n<p>Les recherches men\u00e9es depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es dans cette perspective ont, notamment, mis en lumi\u00e8re un paradoxe d\u00e9terminant\u00a0: alors que la ville moderne semble organiser des politiques r\u00e9publicaines d\u2019\u00e9galit\u00e9 et de libert\u00e9, les normes de genre, invisibilis\u00e9es par la technicit\u00e9 des politiques publiques, demeurent celles de la discrimination des femmes. La ville dont on a pens\u00e9 qu\u2019elle pouvait \u00e9manciper les femmes par son bouillonnement social et ses ruptures avec l\u2019ordre traditionnel rural et chr\u00e9tien du XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, reproduit en fait le dimorphisme in\u00e9galitaire des rapports sociaux de sexe en le spatialisant. Les r\u00e9alit\u00e9s quotidiennes demeurent celles d\u2019un usage tr\u00e8s diff\u00e9renci\u00e9 des lieux selon le sexe, qui est manifeste lorsque l\u2019on consid\u00e8re les questions politiques, \u00e9conomiques, s\u00e9curitaires ou urbanistiques mais qui n\u2019est encore que trop peu pris en compte. La faible conscience des discriminations de sexe, mais \u00e9galement les am\u00e9nagements propos\u00e9s pour y pallier, refl\u00e8tent de fa\u00e7on particuli\u00e8rement significative le poids des mod\u00e8les id\u00e9ologiques in\u00e9galitaires qui \u00e9tablissent les assignations de r\u00f4les de sexe et leur invisibilit\u00e9.<\/p>\n<p>Analyser les formes spatiales de la ville, dans la perspective du genre, permet donc de mettre en \u00e9vidence les \u00e9carts importants entre les pratiques sociales et les discours id\u00e9ologiques qui les justifient. C\u2019est une approche \u00e9clairante pour comprendre les r\u00e9sistances collectives aux \u00e9volutions \u00e9galitaires des normes de genre.<\/p>\n<p>Nous essaierons ici d\u2019analyser ces r\u00e9sistances en montrant leur effectivit\u00e9 dans les politiques urbaines en France et dans le monde, puis les difficult\u00e9s des modes d\u2019explication scientifiques de ces situations dans le champ des \u00e9tudes sur le genre, pour souligner la transversalit\u00e9 des diff\u00e9rences sexu\u00e9es qui fondent les ordres sociaux et font de la question du genre un d\u00e9terminant essentiel du politique.<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<ul>\n<li>Les politiques urbaines r\u00e9centes et les normes de genre<\/li>\n<\/ul>\n<p>\u00c0 l\u2019heure actuelle, la plupart des politiques urbaines s\u2019ancrent, en France, dans des objectifs de lutte contre les discriminations au nom des principes r\u00e9publicains de \u00ab\u00a0Libert\u00e9, Egalit\u00e9, Fraternit\u00e9\u00a0\u00bb. Ces politiques publiques tendent \u00e0 la r\u00e9alisation de services, am\u00e9nagements, \u00e9quipements pour permettre \u00e0 tout un chacun un \u00e9panouissement optimum, dans une logique \u00e9galitariste qui caract\u00e9rise les d\u00e9mocraties occidentales. \u00c0 l\u2019\u00e9vidence, la ville n\u2019est pas \u00e9galitaire et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pourquoi les politiques publiques s\u2019appliquent \u00e0 am\u00e9liorer la situation. Les quartiers d\u2019habitat social n\u2019ouvrent pas les m\u00eames possibilit\u00e9s \u00e0 leurs habitants que les quartiers favoris\u00e9s\u00a0; les \u00e9quipements de loisir, de services, de commerce, de formation ne sont pas \u00e9quitablement r\u00e9partis dans l\u2019espace urbain\u00a0; les transports ne desservent pas \u00e9galement tous les secteurs, pour ne prendre que quelques exemples de la spatialisation urbaine des in\u00e9galit\u00e9s sociales. Et, au moins depuis les ann\u00e9es 1980, l\u2019\u00c9tat, en instituant la \u00ab\u00a0politique de la ville\u00a0\u00bb, m\u00e8ne des actions d\u2019am\u00e9lioration de ces situations souvent discriminatoires et s\u2019engage de plus en plus \u00e0 en lisser les effets au nom de l\u2019\u00e9quit\u00e9. Ces choix s\u2019appliquent depuis une petite vingtaine d\u2019ann\u00e9es seulement \u00e0 la variable de sexe qui a la particularit\u00e9 de traverser tout l\u2019ensemble social et peut donc ais\u00e9ment se fondre parmi les autres facteurs d\u2019in\u00e9galit\u00e9. La pauvret\u00e9, la vieillesse, la mobilit\u00e9 ne paraissent pas sp\u00e9cifiquement f\u00e9minines\u00a0alors m\u00eame que les sciences sociales ont largement montr\u00e9 qu\u2019elles le sont\u00a0<a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Elles ont soulign\u00e9 \u00e9galement les r\u00e9alit\u00e9s fortement diff\u00e9renci\u00e9es de la ville selon que l\u2019on est une femme ou un homme. Les exemples en sont innombrables\u00a0: les conditions de logement, les lieux de loisir, les moyens de transport, les pratiques de d\u00e9veloppement durable, les noms des rues, l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 nocturne, le harc\u00e8lement sexuel dans la rue, l\u2019acc\u00e8s aux mandats politiques,\u00a0<em>etc<\/em>.<\/p>\n<p>Les d\u00e9cideurs publics sont de plus en plus conscients du caract\u00e8re discriminatoire de ces constats, longtemps minor\u00e9s socialement. Sous l\u2019influence des politiques europ\u00e9ennes notamment, l\u2019exigence d\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les femmes et les hommes a conduit les \u00c9tats \u00e0 des mesures de parit\u00e9, dans les politiques urbaines, \u00e0 des choix d\u2019am\u00e9nagement que l\u2019on veut \u00e9galitaires.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que certaines collectivit\u00e9s territoriales s\u2019essaient \u00e0 r\u00e9aliser des am\u00e9nagements prenant en compte la place des femmes dans la ville. Ce changement est port\u00e9, en France, par des \u00e9lu.e.s sensibles aux questions sociales, par les militantes, mais reste encore tr\u00e8s marginal\u00a0<a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Ailleurs, il prend l\u2019aspect d\u2019exp\u00e9rimentations urbanistiques, comme c\u2019est le cas par exemple en Allemagne ou en Autriche\u00a0<a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>, avec des projets d\u2019urbanisme et d\u2019architecture \u00e0 la fois r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 des conceptrices et en direction des femmes. Dans les pays du nord de l\u2019Europe, comme en Scandinavie\u00a0<a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>, il s\u2019\u00e9crit essentiellement en termes de \u00ab\u00a0bonnes pratiques\u00a0\u00bb qui tendent \u00e0 r\u00e9gir les comportements sociaux pour parvenir \u00e0 des d\u00e9mocraties apais\u00e9es d\u2019un ordre \u00e9quitable bien davantage qu\u2019\u00e9galitaire. En Italie, dans les ann\u00e9es 1990, des luttes f\u00e9ministes ont port\u00e9 la mise en place, dans plusieurs villes, des politiques que l\u2019on a appel\u00e9es du \u00ab\u00a0temps des villes\u00a0\u00bb qui soulevaient, \u00e0 travers l\u2019organisation des services publics, des questions importantes concernant les r\u00f4les sociaux assign\u00e9s aux femmes et aux hommes\u00a0<a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p>Ailleurs dans le monde, les exp\u00e9riences se d\u00e9veloppent surtout \u00e0 partir des ann\u00e9es 2000. Le Canada, les pays d\u2019Am\u00e9rique Latine, certains pays d\u2019Asie comme la Cor\u00e9e du Sud ou les Philippines, activent tout \u00e0 la fois la recherche et les exp\u00e9riences de politiques urbaines prenant en compte le genre\u00a0<a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. Les institutions internationales\u00a0<a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>, comme l\u2019ONU, montrent tardivement une attention \u00e0 ces probl\u00e8mes et se focalisent davantage sur les pays en d\u00e9veloppement que sur le monde occidental.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de la deuxi\u00e8me d\u00e9cennie du XXI<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, les travaux de recherche et les exp\u00e9rimentations de politiques urbaines durables ont vraiment commenc\u00e9 \u00e0 se d\u00e9velopper. On voit se multiplier les colloques\u00a0<a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>, les publications\u00a0<a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>, les th\u00e8ses\u00a0<a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>\u00a0qui sont relay\u00e9s par les m\u00e9dias et servent de soutien aux d\u00e9cideurs d\u00e9sireux de prendre en compte le genre dans les politiques urbaines. Plus r\u00e9cemment, les mouvements \u00e9cologiques appuient leurs revendications sur la n\u00e9cessit\u00e9 de politiques plus justes et plus consensuelles que celles que produit le n\u00e9o-lib\u00e9ralisme.<\/p>\n<p>Cent-quatre-vingt-sept collectivit\u00e9s territoriales ont, en France, sign\u00e9 la \u00ab\u00a0Charte europ\u00e9enne pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 des femmes et des hommes dans la vie locale\u00a0\u00bb soutenue par l\u2019Association Fran\u00e7aise du Conseil des Communes et R\u00e9gions d\u2019Europe (AFCCRE), par exemple.<\/p>\n<p>On pourrait donc penser que l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les femmes et les hommes progresse et que les normes sexu\u00e9es dans l\u2019espace public s\u2019homog\u00e9n\u00e9isent.<\/p>\n<p>Mais c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019\u00e9tude de ces \u00e9volutions qui fait ressortir le paradoxe des r\u00e9sistances sociales \u00e0 l\u2019\u00e9volution des normes de genre. En effet, la plupart des am\u00e9nagements propos\u00e9s ou r\u00e9alis\u00e9s tendent \u00e0 faciliter la vie des femmes, \u00e0 leur permettre de faire plus ais\u00e9ment les doubles journ\u00e9es que leur imposent leurs assignations sociales au domestique\u00a0<a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>, \u00e0 \u00e9viter les violences qu\u2019elles subissent dans la rue\u00a0<a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>, \u00e0 assurer au mieux les t\u00e2ches de services aux personnes qu\u2019elles assument, pratiquement seules\u00a0<a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>. Pire, lorsque des politiques d\u2019am\u00e9nagement \u00e0 vis\u00e9e sociale projettent des lieux ou des \u00e9quipements de loisir, les r\u00e9alisations se trouvent essentiellement utilis\u00e9es par des hommes\u00a0<a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>. De m\u00eame, les politistes ont largement montr\u00e9 que toutes les mesures \u00e9lectorales en faveur de la repr\u00e9sentation paritaire des femmes aboutissaient \u00e0 des impasses, voire parfois \u00e0 des reculs de repr\u00e9sentation\u00a0<a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>.<\/p>\n<p>Nous nous trouvons donc devant un paradoxe que les politiques urbaines mat\u00e9rialisent parfaitement\u00a0: l\u2019id\u00e9ologie politique \u00e9galitariste de notre soci\u00e9t\u00e9 a produit un appareil l\u00e9gislatif, voire r\u00e9glementaire, qui semble s\u2019opposer aux assignations jug\u00e9es discriminatoires des r\u00f4les de sexe mais qui, pour faire tr\u00e8s court, confortent l\u2019enfermement des femmes dans le domestique. Des politiques urbaines sensibles \u00e0 ces injustices proposent d\u2019en r\u00e9duire les cons\u00e9quences. Et pourtant les femmes ne parviennent pas \u00e0 une \u00e9mancipation qui rendrait inutiles les politiques de protection s\u00e9curitaire, de contraintes de quotas f\u00e9minins, de partage des temps de vie, de parit\u00e9 dans l\u2019acc\u00e8s aux d\u00e9cisions,\u00a0<em>etc<\/em>.<\/p>\n<p>Nous sommes dans une situation o\u00f9 les pratiques sociales sont d\u00e9connect\u00e9es du droit et o\u00f9 cependant le discours public veut l\u2019ignorer. C\u2019est ce ph\u00e9nom\u00e8ne que nous consid\u00e9rerons dans la suite sous le terme de \u00ab\u00a0r\u00e9sistance\u00a0\u00bb et que nous essaierons d\u2019\u00e9clairer.<\/p>\n<p>Car ce paradoxe hante tous les d\u00e9bats f\u00e9ministes. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, on fait valoir les \u00e9volutions positives et l\u2019on se f\u00e9licite de tous les progr\u00e8s accomplis vers l\u2019\u00e9galit\u00e9 de sexe. De l\u2019autre, on constate que cette \u00e9galit\u00e9 est toujours report\u00e9e \u00e0 un avenir prometteur qui interviendra lorsque tout le monde sera suffisamment form\u00e9 \u00e0 ces logiques.<\/p>\n<p>Cette situation est la forme actuelle que prend l\u2019id\u00e9ologie du dimorphisme sexu\u00e9\u00a0d\u00e9favorable aux femmes\u00a0: il est constat\u00e9, bien qu\u2019il soit ni\u00e9 en droit. Sa correction est consid\u00e9r\u00e9e comme accomplie, bien qu\u2019elle soit report\u00e9e \u00e0 un futur ind\u00e9termin\u00e9. La d\u00e9nonciation des violences faites aux femmes montre, par son actualit\u00e9 et sa crudit\u00e9 physique, combien reste inachev\u00e9e l\u2019\u00e9galit\u00e9 o\u00f9 que ce soit dans le monde.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9mancipation des femmes occidentales reste largement \u00e0 r\u00e9aliser malgr\u00e9 les progr\u00e8s du droit et la d\u00e9termination des discours.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li>La question des normes de genre est au fondement de tout ordre social<\/li>\n<\/ul>\n<p>Pour prendre en compte la difficile question de la naturalisation de la bi-sexuation, les chercheures ont montr\u00e9 qu\u2019il fallait d\u00e9construire la sexuation et diff\u00e9rencier le sexe biologique et le sexe social. La construction sociale des identit\u00e9s de sexe, le genre, est donc entr\u00e9e dans le champ scientifique pour en devenir un axe fondamental. Le genre repense le biologique \u00e0 l\u2019aune de la vie collective. De m\u00eame, mais dans une mesure moindre, la bi-sexuation biologique a commenc\u00e9 \u00e0 fl\u00e9chir en \u00e9tant, plus r\u00e9cemment, remise profond\u00e9ment en cause par les recherches sur les sexualit\u00e9s, fortement et m\u00e9diatiquement impuls\u00e9es par les mouvements\u00a0<em>Queer\u00a0<\/em>et leur critique de l\u2019h\u00e9t\u00e9ro-normativit\u00e9. Les mouvements militants\u00a0<em>Queer<\/em>\u00a0ont secou\u00e9 la boite noire et aveugle des pratiques sexuelles, en mettant en \u00e9vidence leurs dimensions sociales.<\/p>\n<p>La dislocation de la bi-sexuation est certainement une \u00e9volution importante dans la pens\u00e9e de la diff\u00e9renciation sexu\u00e9e, en ce qu\u2019elle d\u00e9construit totalement le naturalisme et \u00e9claire tout au contraire le caract\u00e8re d\u2019abord social de ces questions.<\/p>\n<p>Ces \u00e9volutions interpr\u00e9tatives qui font passer d\u2019une lecture en termes de rapports sociaux de sexe in\u00e9galitaires, voire discriminatoires, \u00e0 une lecture profond\u00e9ment sociologique des sexualit\u00e9s, montrent que la question des r\u00e9sistances sociales \u00e0 l\u2019indiff\u00e9renciation sexu\u00e9e ne peut \u00eatre ramen\u00e9e \u00e0 la seule dimension d\u2019un conflit contextuel. Une formation \u00e0 l\u2019indiff\u00e9renciation normative de genre, fut-elle g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e et donn\u00e9e \u00e0 tous les enfants d\u00e8s la naissance, ne modifiera pas un ordre social id\u00e9ologiquement in\u00e9galitaire, que seul un changement profond de l\u2019ordre social peut bouleverser.<\/p>\n<p>Car la dimension fondamentalement collective et id\u00e9ologique de la diff\u00e9renciation sexu\u00e9e doit \u00eatre pens\u00e9e dans la transversalit\u00e9 du politique sur le temps long de l\u2019Histoire.<\/p>\n<p>Nous avons connu, en effet, essentiellement des civilisations o\u00f9 l\u2019organisation des pouvoirs \u00e9tait en lien avec l\u2019accumulation de biens et favorable aux hommes. Ces soci\u00e9t\u00e9s donnent une place importante \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage et au travail et cela implique des contraintes sur les collectifs et sur les sexualit\u00e9s car dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 la transmission de l\u2019h\u00e9ritage importe, la filiation est strictement li\u00e9e \u00e0 ces r\u00e9alit\u00e9s \u00e9conomiques, ce qui d\u00e9termine les normes des comportements sexuels individuels. De cette inscription dans l\u2019histoire longue, les soci\u00e9t\u00e9s occidentales gardent des principes qu\u2019elles \u00e9rigent en r\u00e8gles morales\u00a0: la monogamie, par exemple ou l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9.<\/p>\n<p>De la m\u00eame fa\u00e7on, les soci\u00e9t\u00e9s, qu\u2019elles soient monogames, polygames, \u00e0 castes, esclavagistes, d\u00e9mocratiques ou autres, font peser sur les individus des normes de la sexualit\u00e9 qui varient dans le temps et \u00e0 travers les cultures mais qui font une place d\u00e9terminante \u00e0 la l\u00e9gitimation de la reproduction. Ce droit d\u2019appartenance \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 conditionne tr\u00e8s fortement la libert\u00e9 sexuelle des femmes et des hommes.<\/p>\n<p>L\u2019Occident, \u00e0 travers les grands monoth\u00e9ismes, a construit les syst\u00e8mes id\u00e9ologiques qui ont fond\u00e9 ses pratiques coercitives. La modernit\u00e9 et ses exigences de libre arbitre et d\u2019\u00e9galit\u00e9 a fortement d\u00e9stabilis\u00e9 ces mod\u00e8les religieux, et donc l\u2019organisation familiale qui leur \u00e9tait li\u00e9e. La monogamie n\u2019est plus stricte pour le temps de la vie, la filiation n\u2019est plus \u00e9troitement li\u00e9e au mariage qui n\u2019est plus n\u00e9cessairement h\u00e9t\u00e9rosexuel, pour ne reprendre que les \u00e9volutions r\u00e9centes. Clairement aussi, les \u00e9volutions techniques, comme les marqueurs ADN, la gestation pour autrui ou les procr\u00e9ations m\u00e9dicalement assist\u00e9es ont perturb\u00e9 une morale \u00e9tablie sur un temps beaucoup plus long et dans des soci\u00e9t\u00e9s o\u00f9 ce niveau technique n\u2019\u00e9tait pas atteint.<\/p>\n<p>Pourtant, dans le m\u00eame temps, les logements continuent \u00e0 \u00eatre con\u00e7us pour des familles nucl\u00e9aires h\u00e9t\u00e9rosexuelles dans lesquelles les femmes et les hommes occupent des positions tr\u00e8s diff\u00e9renci\u00e9es. Les politiques publiques s\u2019efforcent de proposer des am\u00e9nagements qui satisfont des demandes sociales exprimant plus les diff\u00e9rences des r\u00f4les de sexe que leur similitude. Tant que les valeurs qui sous-tendent les normes collectives font consensus, les politiques qui les organisent, invisibilisent leurs particularit\u00e9s.<\/p>\n<p>Sur les territoires qui expriment, dans toutes leurs diversit\u00e9s, \u00a0l\u2019ordre social et les d\u00e9sordres possibles, les conceptions de l\u2019alliance monogame et de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des femmes et des hommes conduisent \u00e0 la famille nucl\u00e9aire qui impose nos formes d\u2019habitat alors que les soci\u00e9t\u00e9s polygamiques doivent produire des habitations de type satellitaires, comme les cases d\u2019Afrique de l\u2019Ouest, par exemple o\u00f9 une concession comprend l\u2019habitation centrale masculine autour de laquelle se trouvent les habitations des \u00e9pouses dans une cour commune. Les soci\u00e9t\u00e9s o\u00f9 la contrainte sexuelle p\u00e8se fortement sur les femmes, produisent des habitations sans ouverture sur l\u2019ext\u00e9rieur et des espaces publics peu mixtes<a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>. Les soci\u00e9t\u00e9s rurales referment les espaces de l\u2019intimit\u00e9 au sein du groupe familial alors que les soci\u00e9t\u00e9s contemporaines les referment sur l\u2019appartement, voire la seule chambre des parents.<\/p>\n<p>Les soci\u00e9t\u00e9s h\u00e9t\u00e9rosexuelles qui tol\u00e8rent la prostitution f\u00e9minine en construisent la localisation\u00a0: maisons closes, quartiers de ville, horaires nocturnes, parkings de mini bus,\u00a0<em>etc<\/em>. alors qu\u2019elles nient l\u2019ensemble des pratiques homosexuelles par une absence ou une marginalisation de leurs localisations publiques. Les soci\u00e9t\u00e9s qui tol\u00e8rent l\u2019homosexualit\u00e9 ou le pluri-partenariat sexuel leur ouvrent des lieux de d\u00e9viance, comme certains bars ou bo\u00eetes mais les entourent d\u2019une r\u00e9probation symbolique alors que, si ces pratiques sexuelles sont rejet\u00e9es, les lieux o\u00f9 elles pourraient se d\u00e9rouler passent totalement dans une clandestinit\u00e9 coupable et ne peuvent plus avoir pignon sur rue.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi, \u00e9galement, que \u00ab\u00a0l\u2019occupation bourgeoise\u00a0\u00bb des logements en location exclue les d\u00e9viances. Il y a quelques ann\u00e9es encore, la location d\u2019un logement par un couple homosexuel \u00e9tait quasi impossible. L\u2019\u00e9volution l\u00e9gislative a modifi\u00e9 cette exclusion sans toutefois permettre de la d\u00e9passer.<\/p>\n<p>Les lieux des rencontres amoureuses<a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>, pour prendre un autre exemple, se d\u00e9placent de la famille vers le travail, et des lieux publics de loisir aux cercles priv\u00e9s ferm\u00e9s, selon qu\u2019elles soient consid\u00e9r\u00e9es ou non comme conformes \u00e0 l\u2019ordre social.<\/p>\n<p>En fait, non seulement la ville refl\u00e8te l\u2019ordre social mais elle organise \u00e9galement les seuils de la tol\u00e9rance aux d\u00e9viances. L\u2019image des espaces urbains construit radicalement l\u2019expression des normes sociales. Et c\u2019est tout aussi vrai des quartiers mal fam\u00e9s que des quartiers sensibles.<\/p>\n<p>Si l\u2019on en revient \u00e0 la ville contemporaine, expression d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui prend la libert\u00e9 et l\u2019\u00e9galit\u00e9 pour principes fondamentaux et\/ou pour objectifs, elle porte des politiques qui vont tendre \u00e0 corriger ce qu\u2019on consid\u00e8re comme discriminations par rapport \u00e0 ces principes, mais laisse aveugle ce que l\u2019ensemble social ne peut accepter.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tous les \u00eatres humains sont \u00e9gaux en droit\u00a0\u00bb, cette expression universaliste ne pr\u00e9suppose rien sur le fait de savoir qui est un \u00eatre humain, \u00e0 partir de quel \u00e2ge, jusqu\u2019\u00e0 quel niveau de validit\u00e9,\u00a0<em>etc<\/em>. Et l\u2019on sait que les femmes, les Noirs, les enfants, les handicap\u00e9s n\u2019ont pas toujours eu les caract\u00e8res de l\u2019humanit\u00e9 moderne, essentiellement consid\u00e9r\u00e9e comme rationnelle.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le mariage est monogame et peut unir deux personnes, quel que soit leur sexe biologique\u00a0\u00bb ne nous dit rien sur le pluri-partenariat, la p\u00e9dophilie, la zoophilie, les obligations de cohabitation, par exemple, mais cela d\u00e9stabilise fortement l\u2019h\u00e9t\u00e9ro-normativit\u00e9, sans toutefois modifier grandement les formes familiales et en cons\u00e9quence le type d\u2019habitation qui leur sont associ\u00e9es.<\/p>\n<p>Tout comme l\u2019\u00e9galit\u00e9 d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019emploi ne distingue pas, en droit, les femmes et les hommes, mais s\u2019applique cependant fort diff\u00e9remment selon le sexe, l\u2019\u00e9galit\u00e9 juridique des femmes avec les hommes ne modifie pas fondamentalement la l\u00e9gitimit\u00e9 sexuelle, donc les normes de genre et partant son expression spatiale sur les territoires.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019on examine les politiques publiques, et plus sp\u00e9cifiquement les politiques urbaines, on note qu\u2019elles ne r\u00e9interrogent pas les valeurs sous-jacentes \u00e0 notre organisation sociale mais tout au contraire qu\u2019elles les confortent en tentant de leur donner de la coh\u00e9rence entre elles. Par exemple, le politique s\u2019attachera \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 la question\u00a0: \u00ab\u00a0comment permettre aux femmes une utilisation paisible de la ville, la nuit\u00a0?\u00a0\u00bb. Des balades nocturnes seront propos\u00e9es, des r\u00e9am\u00e9nagements de l\u2019\u00e9clairage public, des patrouilles polici\u00e8res\u2026 Mais il para\u00eet clairement que ces dispositifs peinent \u00e0 s\u2019imposer \u00e0 l\u2019ensemble social qui consid\u00e8re que l\u2019utilisation sans raison convenue de l\u2019espace public est malvenue la nuit pour les femmes et qu\u2019il n\u2019est pas totalement anormal que certains hommes s\u2019y conduisent en pr\u00e9dateurs sexuels.<\/p>\n<p>Les politiques urbaines qui visent \u00e0 s\u00e9curiser les espaces publics d\u00e9veloppent des am\u00e9nagements syst\u00e9matiques de l\u2019espace, des \u00e9clairages, des surveillances vid\u00e9o, par exemple, qui d\u00e9clinent les lignes des d\u00e9viances sur des mod\u00e8les du contr\u00f4le social sur les individus, ce qui renforce consid\u00e9rablement tous les conformismes sociaux<a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>.<\/p>\n<p>Le sens commun, mais aussi souvent les chercheurs, voient dans ces attitudes l\u2019expression des st\u00e9r\u00e9otypes de sexe qu\u2019on esp\u00e8re faire \u00e9voluer en \u00e9levant le niveau g\u00e9n\u00e9ral de formation. Leur mise en \u00e9vidence dans les politiques urbaines en fait ressortir la constance et la p\u00e9rennit\u00e9. Et l\u2019analyse de leurs fondements montre surtout leurs liens complexes avec l\u2019ensemble de l\u2019organisation sociale relativement peu modifi\u00e9e qui en fait des cons\u00e9quences bien davantage que des causes. Il est certainement pr\u00e9f\u00e9rable de soulager le malade plut\u00f4t que de le laisser souffrir mais cela ne gu\u00e9rit cependant pas la maladie.<\/p>\n<p>Si, pour prendre un autre exemple, nous consid\u00e9rons le logement, il est con\u00e7u, financ\u00e9 et construit selon des mod\u00e8les qui renforcent les structures familiales et le mod\u00e8le social dominant de la r\u00e9alisation d\u2019une vie familiale unissant parents (de m\u00eame sexe ou non) et enfants dans un logement commun et pour des activit\u00e9s partag\u00e9es. Il repr\u00e9sente dans l\u2019espace une conception de la sexualit\u00e9 monogamique intime des adultes et une sexualit\u00e9 diff\u00e9r\u00e9e pour les plus jeunes \u00e0 d\u2019autres lieux ou d\u2019autres p\u00e9riodes de leur vie. Il repr\u00e9sente dans l\u2019espace, \u00e0 date relativement r\u00e9cente, une vie commune autour des repas ou des loisirs qui est le centre des rencontres familiales. Il s\u00e9pare assez rigoureusement les espaces professionnels et la vie familiale. Il nous am\u00e8ne \u00e0 des modes de vie que nous pensons vouloir mais qui refl\u00e8tent en fait l\u2019organisation sociale dans son ensemble. La ruralit\u00e9 du XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, par exemple, ne pourrait se reconna\u00eetre dans ces fa\u00e7ons de vivre. Notre l\u00e9gislation monogamique s\u2019inscrit parfaitement dans ces habitats. Par contre, nos pratiques sociales qui, par le divorce et l\u2019union libre, s\u2019ouvrent \u00e0 la plurigamie se heurtent \u00e0 ce type de logement. Les r\u00e8gles et normes immobili\u00e8res qui r\u00e9gissent la construction immobili\u00e8re contraignent tr\u00e8s rigoureusement les praticiens (architectes, urbanistes, promoteurs, etc.) dans la conception de logements conformes au mod\u00e8le type qui seul obtient les financements n\u00e9cessaires. La structure du logement, et tout particuli\u00e8rement dans les collectifs, est totalement d\u00e9termin\u00e9e par les normes techniques\u00a0: type de carrelage, nombre de pi\u00e8ces, surface des pi\u00e8ces, chambre des parents, des enfants, type de cuisine, \u00e9quipement sanitaire,\u00a0<em>etc<\/em>. Un exemple historique int\u00e9ressant des \u00e9volutions qu\u2019a pu conna\u00eetre ce secteur r\u00e9glementaire a \u00e9t\u00e9 th\u00e9oris\u00e9 par Le Corbusier qui, avec le mouvement moderne en architecture, a propos\u00e9 par exemple l\u2019ouverture des cuisines sur les s\u00e9jours ou le d\u00e9veloppement de l\u2019hygi\u00e8ne sanitaire. Mais les \u00e9volutions sont extr\u00eamement lentes dans ce secteur peu sensible aux changements sociaux des pratiques familiales, notamment.<\/p>\n<p>De m\u00eame, si nous prenons l\u2019exemple des \u00e9quipements urbains, faire des jardins publics, des lieux de loisir, des espaces accessibles \u00e0 tous, spatialise, fait exister dans l\u2019espace les normes de comportements diff\u00e9renci\u00e9s selon le genre, l\u2019\u00e2ge ou le handicap. Les trottoirs abaiss\u00e9s permettent le passage des chaises roulantes, des valises et celui des poussettes d\u2019enfants. Cela ne pr\u00e9juge en rien de qui les utilise mais cela laisse enti\u00e8res les questions des discriminations \u00e0 l\u2019\u00e9gard des handicap\u00e9s ou des femmes. Ces am\u00e9liorations montrent la volont\u00e9 d\u2019\u00e9galit\u00e9 de traitement entre toutes les personnes, elles inscrivent dans l\u2019espace le respect des diff\u00e9rences et donc la volont\u00e9 de ces choix id\u00e9ologiques et politiques. Elles ne visent aucunement \u00e0 en modifier l\u2019ordre. Certaines villes ont port\u00e9 une attention positive aux projets innovants de constructions r\u00e9pondant \u00e9troitement aux besoins des familles monoparentales par exemple. C\u2019est le cas de Vienne en Autriche, de Berlin ou de Vancouver au Canada. Mais ces projets restent isol\u00e9s et d\u00e9pendants des associations qui les soutiennent.<\/p>\n<p>La ville, \u00e0 travers les politiques qu\u2019elle porte, signifie de fa\u00e7on manifeste les valeurs de la soci\u00e9t\u00e9 qu\u2019elle h\u00e9berge en les mat\u00e9rialisant dans l\u2019espace. C\u2019est pourquoi elle est un outil performant pour renforcer la place respective des hommes et des femmes dans les soci\u00e9t\u00e9s selon les mod\u00e8les id\u00e9ologiques en cours.<\/p>\n<p>On a voulu consid\u00e9rer la ville comme un lieu d\u2019\u00e9mancipation port\u00e9e par les principes r\u00e9publicains de la modernit\u00e9 qui a modifi\u00e9 profond\u00e9ment le syst\u00e8me des valeurs chr\u00e9tiennes r\u00e9gissant le monde occidental. Mais, en fait, elle s\u2019est inscrite dans une r\u00e9alit\u00e9 collective dont elle n\u2019a pas \u00e9vinc\u00e9 les fondements. \u00c0 l\u2019agriculture, elle a substitu\u00e9 l\u2019industrie puis \u00e0 l\u2019industrie, la tertiarisation financi\u00e8re parce que la production de richesses y \u00e9tait plus efficace. Elle a effac\u00e9 la pr\u00e9gnance des conceptions chr\u00e9tiennes pour les remplacer par celles du rationalisme scientifique, sans reconstruire de coh\u00e9rence id\u00e9ologique. Elle n\u2019a gu\u00e8re repens\u00e9 la diff\u00e9renciation sexu\u00e9e et c\u2019est essentiellement \u00e0 travers les principes d\u2019\u00e9galit\u00e9 que la morale moderne repositionne les r\u00f4les de sexe. C\u2019est au nom de l\u2019\u00e9galit\u00e9 que s\u2019engagent les politiques de lutte contre les discriminations, dans les d\u00e9mocraties europ\u00e9ennes, et c\u2019est plut\u00f4t au nom de la libert\u00e9 que se d\u00e9veloppent les politiques nord-am\u00e9ricaines de lib\u00e9ralisme, par exemple. Les politiques publiques impulsent des choix id\u00e9ologiques qui visent \u00e0 faire \u00e9voluer les pratiques sociales en fonction de principes moraux partag\u00e9s ou du moins majoritaires. Elles ne repensent pas fondamentalement les structures qui organisent la soci\u00e9t\u00e9 autour de la production et de la reproduction et qui d\u00e9terminent les normes de la sexualit\u00e9 et des genres. Un des exemples les plus significatifs de cette continuit\u00e9 r\u00e9formatrice se lit dans les orientations des politiques europ\u00e9ennes. En mati\u00e8re de luttes contre les discriminations, comme pour ce qui concerne le d\u00e9veloppement urbain, ce sont des politiques du consensus, de bonnes pratiques, d\u2019am\u00e9nagements rationnels qui r\u00e8glent aussi bien les \u00ab\u00a0<em>smart cities<\/em>\u00a0\u00bb que les politiques d\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les femmes et les hommes. Il ne s\u2019agit nullement de relire les fondements id\u00e9ologiques des Etats mais tout au contraire d\u2019infl\u00e9chir leurs pratiques vers des modes compatibles d\u2019\u00e9volutions. Le \u00ab\u00a0<em>gender mainstreaming<\/em>\u00a0\u00bb europ\u00e9en laisse largement ouverts tous les choix id\u00e9ologiques.<\/p>\n<p>Il revient donc au politique, au sens le plus noble du terme, de d\u00e9terminer les fondements de l\u2019ordre social. C\u2019est un programme essentiel que de savoir si l\u2019int\u00e9r\u00eat commun doit primer sur l\u2019int\u00e9r\u00eat individuel, si la transmission des biens doit rester dans des lign\u00e9es communautaires consanguines, si le partage des ressources est la r\u00e8gle fondamentale de l\u2019avenir de la plan\u00e8te ou si des \u00e9lites \u00e9conomiques et techniques peuvent constituer des castes de droit, par exemple. Et c\u2019est de ces orientations id\u00e9ologiques que d\u00e9pendent les normes des soci\u00e9t\u00e9s et les pratiques qui leur sont associ\u00e9es.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Conclusion<\/p>\n<p>De ces constats et de ces remarques d\u00e9coule la n\u00e9cessit\u00e9 de choisir dans l\u2019ordre id\u00e9ologique les pratiques collectives que l\u2019on souhaite partager, car ces choix retentissent fortement sur les projets politiques que l\u2019on peut porter. C\u2019est le sens m\u00eame des programmes politiques de partis. Les projets id\u00e9ologiques des partis d\u2019extr\u00eame droite par exemple sont fortement inscrits dans des logiques familialistes peu sensibles \u00e0 l\u2019indiff\u00e9renciation sexu\u00e9e. Les partis des d\u00e9mocraties lib\u00e9rales croisent plus ou moins leurs choix en mati\u00e8re de parent\u00e9 avec les formes de l\u2019efficacit\u00e9 \u00e9conomique qu\u2019ils soutiennent. Les dictatures, quelle qu\u2019en soit l\u2019orientation affich\u00e9e, renforcent les contraintes sur la sexualit\u00e9 en contenant la libert\u00e9 individuelle pour favoriser la coh\u00e9sion collective. Les mouvements alternatifs de notre si\u00e8cle, que l\u2019on relie souvent \u00e0 des remises en question de la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative et qui se caract\u00e9risent par une volont\u00e9 de d\u00e9mocratie directe, d\u00e9veloppent des perspectives de tol\u00e9rance \u00e0 toutes les diversit\u00e9s, sans que l\u2019on voie v\u00e9ritablement quels mod\u00e8les familiaux, par exemple, pourraient constituer les soubassements des soci\u00e9t\u00e9s de demain. Les limites de la tol\u00e9rance, le d\u00e9but de la marginalit\u00e9, la l\u00e9gitimit\u00e9 des pratiques sociales ne sont que l\u2019expression de contextes historiques, culturels et sociaux.<\/p>\n<p>Dans les \u00e9tudes sur le genre, les analyses portent le plus souvent sur les cons\u00e9quences des choix politiques et organisationnels fondamentaux, sans n\u00e9cessairement reprendre la r\u00e9flexion sur l\u2019ensemble des principes fondant l\u2019ordre social.<\/p>\n<p>S\u2019il est juste d\u2019\u00eatre une femme au foyer au service de sa famille ou s\u2019il est juste d\u2019avoir une position sociale sans lien avec son sexe biologique, s\u2019il est juste de vivre une sexualit\u00e9 non contrainte ou si des limites doivent \u00eatre pos\u00e9es \u00e0 la libido, si l\u2019acc\u00e8s au bonheur individuel est un droit ou si l\u2019inscription dans un collectif englobant est la r\u00e8gle, on peut avoir le sentiment que les femmes sont plus ou moins bien trait\u00e9es. Si l\u2019on consid\u00e8re que la construction sociale des genres est li\u00e9e \u00e0 un mod\u00e8le \u00e9conomique n\u00e9cessaire ou si ce mod\u00e8le est en lui-m\u00eame porteur d\u2019injustices, les raisons des luttes que l\u2019on m\u00e8nera pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 ou l\u2019\u00e9quit\u00e9 de traitement des femmes et des hommes seront diverses et m\u00eame plut\u00f4t contradictoires.<\/p>\n<p>Les choix politiques fondateurs de l\u2019ordre social doivent n\u00e9cessairement \u00eatre pens\u00e9s si l\u2019on veut se situer dans le d\u00e9bat sur les normes de genre. A en regarder les cons\u00e9quences et \u00e0 s\u2019employer \u00e0 les modifier, on ne perd pas son temps mais on ne se donne pas non plus les moyens de l\u00e9gitimer ses choix.<\/p>\n<p>Une lecture du genre dans sa r\u00e9alisation urbaine nous conduit \u00e0 en ramener les normes \u00e0 une organisation sociale globale dont les fondements ne peuvent relever que du politique. Non seulement le priv\u00e9 est politique mais toutes les normes de genre ne sont que l\u2019expression de choix id\u00e9ologiques qui sous-tendent tout l\u2019ordre social. Il n\u2019est donc pas surprenant que tout changement dans les repr\u00e9sentations des genres int\u00e9resse et bouscule tous les niveaux de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>La spatialisation des normes de genre, en tant qu\u2019expression d\u2019un mod\u00e8le id\u00e9ologique, aide \u00e0 comprendre la transversalit\u00e9 et la p\u00e9rennit\u00e9 des rapports sociaux de sexe. En tant qu\u2019elle s\u2019inscrit dans le d\u00e9veloppement urbain, elle inscrit \u00e0 grande \u00e9chelle les ressorts des fonctionnements sociaux. Elle grossit la focale d\u2019observation des chercheurs. C\u2019est en ce sens qu\u2019elle constitue un outil performant pour lire et d\u00e9crire les strates des organisations sociales. Elle permet par exemple, dans le cas des discriminations de genre, de mettre en \u00e9vidence que, si la libido est l\u2019un des principes essentiels du fonctionnement des soci\u00e9t\u00e9s, le sexe biologique n\u2019est que de peu d\u2019importance, tout au contraire du genre qui est d\u00e9termin\u00e9 par les formes socialement l\u00e9gitimes des sexualit\u00e9s. Les sexualit\u00e9s sont les formes des contraintes que les soci\u00e9t\u00e9s font peser sur les individus pour se constituer en collectifs. Elles sont la cons\u00e9quence des syst\u00e8mes d\u2019organisation sociale qui les produisent et les mod\u00e8lent. La l\u00e9gitimit\u00e9 des sexualit\u00e9s dessine les contours des d\u00e9viances et des \u00e9volutions qui font varier les normes de genre. Ces variations sont elles-m\u00eames \u00e9videmment li\u00e9es \u00e0 des contextes divers, historiques, culturels, \u00e9conomiques dont les politiques sont les cristallisations conscientes. Le genre d\u00e9crit les assignations historiques des r\u00f4les de sexe. La modernit\u00e9 n\u2019en est qu\u2019un moment qui met en lumi\u00e8re le caract\u00e8re p\u00e9renne et r\u00e9sistant de la diff\u00e9renciation sexu\u00e9e largement d\u00e9favorable aux femmes.<\/p>\n<p>Travailler, dans les politiques urbaines, \u00e0 r\u00e9duire les in\u00e9galit\u00e9s qui affectent le quotidien des femmes, c\u2019est \u00e0 la fois participer d\u2019un syst\u00e8me id\u00e9ologique mais c\u2019est aussi \u00e9clairer les fondements de tous les ordres sociaux qui seuls permettent la vie en soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Les changements dans les rapports sociaux de sexe ne peuvent se situer que dans des perspectives radicales, au sens \u00e9tymologique du terme. C\u2019est probablement l\u2019une des raisons des r\u00e9sistances des soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 ces changements, quels qu\u2019en soient les porteurs.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a>\u00a0Voir par exemple\u00a0<em>Patrimoine des m\u00e9nages\u00a0: nouveau contexte, nouveaux enjeux<\/em>, \u00c9conomie et Statistique n\u00b0472-473 d\u00e9cembre 2014, INSEE\u00a0; Fran\u00e7oise Milewski, H\u00e9l\u00e8ne Perivier, \u00ab\u00a0Travail des femmes et in\u00e9galit\u00e9s\u00a0<em>\u00bb<\/em>,\u00a0<em>Revue de l\u2019OFCE<\/em>, n\u00b090\u00a0; Christophe Gibout, \u00ab\u00a0La \u00ab\u00a0sur-mobilit\u00e9\u00a0\u00bb une question de genre\u00a0?\u00a0\u00bb,\u00a0<em>in\u00a0<\/em>Sylvette Den\u00e8fle (dir.),\u00a0<em>Femmes et villes,\u00a0<\/em>Tours<em>,\u00a0<\/em>PUFR, 2004, p.155-165.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a>\u00a0Rennes, Lormont, Paris en sont des exemples plus ou moins accomplis.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a>\u00a0Voir Christine Bauhardt,\u00a0<em>R\u00e4ume der Emanzipation<\/em>, Wiesbaden, VS Verlag f\u00fcr Sozialwissenschaften, 2004 ; Doris Damyanovic,\u00a0<em>Frauen und M\u00e4nner unterwegs. Leitfaden zur Umsetzung von Gender Mainstreaming in der Wegenetzplanung in Gemeinden am Beispiel der Gemeinde<\/em>, Hermagor, Hermagor-Pressegger See,\u00a02005\u00a0; Anke Schroder,\u00a0 Barbara Zibell,\u00a0<em>Auf den zweiten Blick.\u00a0 St\u00e4dtebauliche Frauenprojekte im Vergleich.\u00a0<\/em><em>Frankfurt am Main, Berlin, Bern, Bruxelles,<\/em>\u00a0New York, Oxford, 2004.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a>\u00a0Liisa Horelli, \u00ab\u00a0European women in defence of place \u2013 with a focus on women\u00b4s resource centres in Finland\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Development,<\/em>\u00a045.1, 2002, p.137- 143 ; Christine Hudson, Malin Ronnblom, \u00ab\u00a0Regional development policies &amp; the constructions of gender equality \u2013 the Swedish case\u00a0\u00bb,\u00a0\u00a0<em>European Journal of Political Research,\u00a0<\/em>Vol. 46 No. 1, 2007, p. 47-68.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a>\u00a0Teresa Boccia, \u00ab Le temps des villes dans les pratiques d\u00e9velopp\u00e9es en Italie\u00bb,\u00a0<em>Grand@ngle, trimestriel du Groupe Communiste et Partenaires de la ville de Marseille<\/em>\u00a0oct., nov., d\u00e9c. 2001. Malheureusement, les difficult\u00e9s \u00e9conomiques des ann\u00e9es r\u00e9centes ont justifi\u00e9 l\u2019abandon de ces choix politiques dans la plupart des villes qui les avaient soutenus.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a>\u00a0Sylvette Den\u00e8fle (dir.),\u00a0<em>Utopies f\u00e9ministes et exp\u00e9rimentations urbaines,\u00a0<\/em>Rennes, PUR, 2008.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a>\u00a0Urban Women, UNhabitat Rio de Janeiro 2010, Women World Workshop, Madrid, 2008.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a>\u00a0Colloques internationaux \u00e0 Tours en 2002 et 2006, biennales Masculins\/F\u00e9minins \u00e0 Bordeaux en 2010,\u00a0 \u00e0 Grenoble en 2012, \u00e0 Angers en 2014, par exemple.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a>\u00a0Sylvette Den\u00e8fle<em>, Femmes et villes, op. cit.\u00a0<\/em>; Sylvette Den\u00e8fle,\u00a0<em>Utopies f\u00e9ministes et exp\u00e9rimentations urbaines, op. cit.<\/em>\u00a0; Yves Raibaut, \u00ab De nouveaux mod\u00e8les de virilit\u00e9\u00a0: musiques actuelles et cultures urbaines\u00a0\u00bb, in\u00a0 Daniel Welzer-Lang,\u00a0 Chantal Zaouche-Gaudron,\u00a0<em>Masculinit\u00e9s : \u00e9tat des lieux,\u00a0<\/em>Paris, Eres, 2011, p.149-161\u00a0; des num\u00e9ros de revues comme\u00a0<em>Travail, Genre et Soci\u00e9t\u00e9s<\/em>, n\u00b033, 2015, par exemple.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a>\u00a0\u00c9dith Gaillard,\u00a0<em>Habiter autrement\u00a0: des squats f\u00e9ministes en France et en Allemagne. Une remise en question de l\u2019ordre social<\/em><em>,\u00a0<\/em>Tours, th\u00e8se de sociologie, Universit\u00e9 Fran\u00e7ois-Rabelais, 2013.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a>\u00a0L\u2019abaissement des trottoirs pour les poussettes est la synth\u00e8se sch\u00e9matique mais significative de ces logiques de \u00ab\u00a0bonnes pratiques\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a>\u00a0Le Qu\u00e9bec s\u2019est particuli\u00e8rement illustr\u00e9 dans ces op\u00e9rations de veille et protection des femmes dans les rues.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a>\u00a0Les politiques du temps des villes ont \u00e9t\u00e9 significatives de cette fa\u00e7on de r\u00e9organiser les services pour faciliter les d\u00e9marches ou les d\u00e9placements des travailleuses du service aux personnes, notamment.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a>\u00a0Yves Raibaut<em>, G\u00e9ographies et homophobies,\u00a0<\/em>Paris, A. Colin, 2013<em>,<\/em>\u00a0p.149-161<em>.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a>\u00a0Judith Butler, Joan W. Scott (ed.),\u00a0<em>Feminists theorize the political<\/em>, New York, London, Routledge, 1992\u00a0; \u00c9l\u00e9onore Lepinard,\u00a0<em>L\u2019\u00c9galit\u00e9 introuvable,\u00a0<\/em>Paris, PFNSP, 2007\u00a0; Mariette Sineau,\u00a0<em>Femmes et pouvoir sous la V<sup>e<\/sup>\u00a0R\u00e9publique<\/em>, Paris, PFNSP, 2011 ; Nicole Roux (dir.),\u00a0<em>Rien sans elles<\/em>,\u00a0<em>De la parit\u00e9 en politique<\/em>, Nantes, Atalante, 2004.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a>\u00a0Voir par exemple les \u00e9tudes de Farida Naceur et Nassima Dris<em>\u00a0in<\/em>\u00a0Sylvette Den\u00e8fle<em>, Femmes et villes, op. cit.\u00a0<\/em>p.249 et 249.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a>\u00a0Par exemple Michel Bozon, Fran\u00e7ois H\u00e9ran,\u00a0<em>La Formation du couple,<\/em>\u00a0Paris, La D\u00e9couverte, 2006.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?page_id=26#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a>\u00a0Voir sur le site\u00a0<a href=\"https:\/\/aplacesegales.com\/\">https:\/\/aplacesegales.com<\/a>\u00a0de la ville de Paris, le compte-rendu positif des ballades urbaines mais voir \u00e9galement l\u2019\u00e9tude tr\u00e8s critique de Laure Ferrand \u00ab\u00a0De l\u2019injonction de participation \u00e0 celle d\u2019\u00e9mancipation. L\u2019exemple des marches exploratoires de femmes comme dispositif interrogeant l\u2019id\u00e9ologie de la participation \u00e0 l\u2019oeuvre dans les politiques publiques\u00a0\u00bb dans Sabrina Bresson (Dir.)\u00a0<strong>\u00a0<\/strong><em>Les d\u00e9convenues de la participation citoyenne. Ville, pouvoirs et l\u00e9gitimit\u00e9s,<\/em>\u00a0Tours, PUFR, 2020.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/article>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sylvette Den\u00e8fle 2020 \u00ab\u00a0Quelques r\u00e9flexions sur la spatialisation des normes de genre comme outil d\u2019analyse des r\u00e9sistances sociales\u00a0\u00bb\u00a0in\u00a0Dir. N.Cadene, K.Lambert, M.Lapied,\u00a0Genre r\u00e9cits et usages de la transgression, PUP, Aix-en-Provence, 2020, p.81-94 &nbsp; La ville, forme dominante du peuplement actuel, rassemble une grande majorit\u00e9 de la population dans tous les pays. Par sa pr\u00e9dominance \u00e9conomique, elle <a href=\"https:\/\/sylvette-denefle.com\/?p=748\" class=\"more-link\">&#8230;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-748","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/sylvette-denefle.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/748","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/sylvette-denefle.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/sylvette-denefle.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sylvette-denefle.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sylvette-denefle.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=748"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/sylvette-denefle.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/748\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":749,"href":"https:\/\/sylvette-denefle.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/748\/revisions\/749"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/sylvette-denefle.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=748"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/sylvette-denefle.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=748"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/sylvette-denefle.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=748"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}